Les énigmes des deux brigands

Il était une fois deux terribles brigands.

Ils s’appelaient Jeannot et Pierrot, mais comme ils trouvaient que ces prénoms n’étaient pas assez terribles pour les terribles brigands qu’ils étaient, ils se faisaient appeler Tromblor la Terreur au Tromblon et  Fléor le Fléau au Fléau.

brigands1

Ils étaient véritablement vus comme un fléau partout où ils passaient, car ils semaient la terreur sur tous les chemins. Personne ne leur résistait, ils étaient redoutables : Tromblor ne manquait jamais une cible avec son tromblon, et Fléor pouvait tout détruire avec son fléau.

Mais ils ne se contentaient pas d’arrêter les diligences et de voler tous leurs biens. Comme ils étaient fiers et tenaient à leur honneur, ils laissaient toujours une chance aux pauvres malheureux qui se trouvaient sur leur chemin : ils leur proposaient des énigmes.

Ils procédaient toujours de la même façon. D’abord, à la nuit tombée, ils coupaient un grand arbre et posaient le tronc en travers du chemin. Lorsqu’une diligence arrivait, elle était obligée de s’arrêter, et là nos deux brigands sortaient de leur cachette en criant :

« Halte là ! Tremblez, car vous avez croisé la route de Tromblor et Fléor ! »

brigands2

Là, le conducteur de diligence disait toujours : « Pitié, terribles brigands ! Laissez-nous passer ! »

Et les brigands répondaient : « Nous vous laisserons passer, mais seulement si vous répondez correctement à une énigme. Sinon, gare à vous ! »

Le conducteur écoutait en tremblant pendant que les brigands continuaient : « J’ai quelque chose dans ma poche, pourtant elle est vide : qu’ai-je dans ma poche ? »

Et le conducteur, paniqué, ne trouvait jamais, et Fléor et Tromblor passaient à l’attaque en riant.

A vrai dire, les deux brigands adoraient les énigmes. Ils préféraient même les énigmes à l’assaut de diligences, aussi, pendant la journée, ils passaient leur temps à en inventer pour les utiliser le soir.

brigands3

Un jour, ou plutôt, un soir, Tromblor et Fléor arrêtèrent une diligence qui ressemblait en tout point aux centaines de diligences qu’ils avaient attaquées. Mais ! Cette diligence-ci était bien différente, vous allez savoir pourquoi.

Tout se passait comme d’habitude, jusqu’à ce que Tromblor pose l’énigme au conducteur :

« Quand je me remplis à moitié, je me vide à moitié : qui suis-je ? », demanda Tromblor.

Le conducteur gémit, car il ne savait pas. Fléor s’apprêtait à le dévaliser quand une petite voix surgit de la diligence : « Moi, je sais ! »

Tromblor et Fléor se regardèrent avec de gros yeux.

Une petite fille avec un joli nœud dans les cheveux sortit la tête de la diligence et leur dit : « Si je me remplis en me vidant, je suis… un sablier ! »

brigands4

Fléor et Tromblor se regardèrent avec des yeux encore plus gros. Ils ne savaient quoi répondre.

La petite fille descendit de la diligence et poursuivit : « Maintenant que nous avons gagné le droit de poursuivre notre route, laissez-moi vous proposer un concours d’énigmes : les premiers qui n’arrivent pas à répondre à une énigme ont perdu ! »

Tromblor et Fléor se ressaisirent : « Très bien, petite fille ! Volontiers ! Tu as eu de la chance avec cette énigme, mais tu n’arriveras pas à vaincre les rois des énigmes ! Et quels sont les enjeux, maintenant que tu es libre ? »

La petite fille réfléchit et dit : « Si vous gagnez, vous prenez ma diligence, et si je gagne, je prends votre tromblon et votre fléau ! Topons-là ! »

Et ils topèrent.

brigands5

La petite fille commença : « J’ai deux têtes, quatre bras, un œil et trois jambes : qui suis-je ? »

Fléor et Tromblor réfléchirent un peu, puis répondirent en cœur : « Une menteuse ! »

La petite fille rit : « Hi hi ! Oui ! A vous. »

Fléor poursuivit : « Quand on prononce mon nom, je disparais : qui suis-je ? »

La petite fille réfléchit en silence… Oui ! C’était ça ! « Le silence ! » dit-elle.

« Grrrr », firent Tromblor et Fléor en même temps. « Je donne des coups aux imprudents, mais tout le monde m’aime malgré tout : qui suis-je ? »

« Le soleil ! » fit la petite fille.

Et ainsi se poursuivit le concours. Il se poursuivit si longtemps que la nuit passa doucement sans que Tromblor ni Fléor ne s’en aperçoivent…  et la journée suivante, et encore la nuit d’après !

Et ils continuaient à se raconter des énigmes, sans prêter attention à ce qu’il se passait autour d’eux.

Ainsi, ils ne s’aperçurent de rien lorsque les gardes du roi arrêtèrent Tromblor et Fléor, et ce ne fut qu’une fois qu’ils se retrouvèrent en prison pour tous les crimes qu’ils avaient commis qu’ils se rendirent compte de ce qui leur arrivait : ils allaient devoir arrêter leur concours d’énigmes !

brigands6

Des années plus tard, quand ils sortirent de prison, ils avaient oublié qu’ils avaient été autrefois une terreur au tromblon et un fléau au fléau, et redevinrent Jeannot et Pierrot – et ils continuèrent encore longtemps à se poser plein d’énigmes avec la petite fille (qui était devenue une princesse entre-temps), avec qui ils restèrent grands amis !

brigands7

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s